vendredi 11 mai 2018

"Mettā, antidote contre l’obstacle qu’est l’aversion" par Ayya Khema

Résultat de recherche d'images pour "ayya khema"L’antidote contre la colère est, bien évidemment, l’amour. L’amour, dans la terminologie du Bouddha, n’est pas ce que nous imaginons généralement. Quand nous parlons de l’amour – que nous le ressentions nous-mêmes ou qu’il soit représenté sur un écran ou dans un livre –, il s’agit d’un sentiment qui se réfère presque toujours à une autre personne. On parle parfois d’amour pour un idéal mais, en général, ce sentiment est accordé à une personne ou deux ou trois et, dans tous les cas, il implique la notion de réciprocité. Si cet amour n’est pas réciproque, c’est un drame. Cette sorte d’amour, qui exige la réciprocité et qui dépend de quelqu’un d’autre, est toujours empreinte de peur ; or la peur est l’une des facettes de l’aversion et de la haine. La peur de perdre, la peur de ne pas posséder… Cette sorte d’amour ne peut donc jamais être pleinement satisfaisante. Elle ne pourra jamais susciter la joie et l’ouverture du cœur qu’apporte l’amour dont parle le Bouddha et qu’il appelle Mettā.

Mettā peut devenir un rayonnement illimité du cœur. Il n’est jamais lié à une personne en particulier. C’est uniquement une qualité qui vient de notre propre cœur.

L’une des erreurs que nous commettons dans ce monde, c’est d’être toujours à l’affût de quelqu’un qui nous aime ; et si nous trouvons cette personne, nous en sommes enchantés. Pourquoi ? Parce que cela semble prouver que nous sommes dignes d’être aimés. Mais si cette personne change d’avis plus tard – comme cela arrive souvent – nous nous sentons brusquement indignes d’amour. Pourquoi ? Nul ne le sait, mais c’est ce qui se passe en général. Tout cela est totalement à côté de la réalité et n’a rien à voir avec l’amour.

Si quelqu’un nous aime, il s’agit d’un ressenti qui lui appartient. Bien sûr, cela flatte notre ego et nous lui retournerons peut-être ce sentiment mais il ne s’agit pas d’une ouverture du cœur, ce n’est pas le fruit d’un cœur pur. Cela ressemble plutôt à un échange commercial. Il arrive même souvent que nous vérifiions si l’autre nous aime autant que nous l’aimons et, si ce n’est pas le cas, nous nous sentons floués. Nous avons l’impression de ne pas être suffisamment appréciés. La situation n’est pas très agréable et soulève des malentendus que, malheureusement nous ne connaissons tous que trop.

Tout cela n’a rien à voir avec l’amour. L’amour, c’est la chaleur du cœur qui s’ouvre aux autres, simplement parce qu’elle est présente en nous, pas parce que l’autre est digne d’amour. Si nous recherchons quelqu’un qui soit parfaitement digne d’amour, c’est d’un être éveillé qu’il s’agit ; mais il n’y en a pas beaucoup, ils sont difficiles à trouver. Et comme nous ne sommes pas nous-mêmes parfaitement éveillés, il ne semble pas très raisonnable de rechercher un tel être…

Nous avons donc tout intérêt à nous en tenir à la pratique qui consiste à essayer de faire monter en nous un sentiment d’unité avec les autres, une chaleur, un intérêt, une sollicitude envers les autres. Il est crucial de se souvenir que ce sentiment s’accompagne obligatoirement de bienveillance envers soi. Cela ne veut pas dire chercher à se faire plaisir en cédant à tous ses caprices ; c’est tout à fait différent. En fait, céder à tous ses caprices n’est pas s’aimer soi-même car le résultat est généralement très préjudiciable pour soi et pour son propre bien-être. S’aimer soi-même signifie que l’on a un sentiment chaleureux envers soi, on apprécie ses propres efforts, ses bons côtés, on ne se blâme pas constamment pour ce que l’on croit mal faire. Bien sûr, il arrive que l’on n’agisse pas correctement mais on peut le reconnaître, décider de changer et être reconnaissant d’avoir la capacité de le voir. Autrement dit, on ne se dénigre pas et, par conséquent, on ne dénigre pas les autres. C’est un sentiment de fluidité avec ce qui est en soi et avec ce qui se présente quand on est avec d’autres. C’est le sentiment de s’inscrire dans la totalité de l’existence qui nous entoure – les êtres humains, les animaux, la nature… tout ! Tout cela fait intégralement partie de notre vie.

Et s’il y a mettā, c’est-à-dire un sentiment d’intérêt et de sollicitude, un sentiment d’unité, un sentiment de chaleur dans le cœur, il est très facile d’être avec les autres, avec tous les autres, quels qu’ils soient. Quand on commence à juger les gens – et tout le monde a tendance à le faire –, les choses deviennent difficiles, bien sûr, parce que tout le monde commet des erreurs. Mais n’oublions pas que nous en faisons, nous aussi, alors pourquoi espérer que les autres n’en fassent pas ? Si mettā nous habite, c’est l’antidote clair et efficace contre notre colère, notre négativité, nos rejets, nos résistances.

Moins nous avons de colère et de résistance, plus il est facile de méditer. Voilà un point crucial sur lequel tout repose. En effet, si nous avons développé un cœur plein d’amour et de compassion, nous savons donner et nous savons comment nous aban-donner. Nous donnons notre chaleur humaine, nous donnons notre amour, nous donnons notre sollicitude, de sorte que nous sommes capables de nous abandonner aussi bien aux autres qu’à la méditation. C’est cet abandon qui rend la méditation possible. De ce fait, tant qu’il y a la moindre résistance, le moindre rejet, la moindre colère, ce sera toujours une barrière à la méditation. Peu importe ce que nous rejetons, il n’est pas nécessaire que ce soit la méditation ; ce sera peut être la situation politique du pays – et il est possible que ce soit justifié – mais il s’agit tout de même d’un rejet. Il faut que nous soyons très clairs sur ce point : un rejet est un rejet, peu importe ce que nous rejetons. L’aversion est aversion, peu importe ce qui cause cette aversion, et si nous la justifions, nous ne faisons que lui donner plus de force.

Lorsque nous voyons que tout sentiment négatif est une entrave à notre bonheur, nous pouvons enfin avoir l’attitude juste et lâcher tout cela. Dès que nous voyons les choses sous cet angle, nous faisons notre possible pour changer. Tant que nous nous croyons justifiés parce que telle personne ou telle situation est vraiment trop affreuse… et il est possible que ce soit vrai, mais cela ne justifie pas notre colère, notre haine, notre aversion. Pourquoi cela rendrait-il juste notre colère ? Voici une phrase qui peut nous aider à comprendre : « Nous pouvons ne pas aimer un acte criminel mais nous pouvons aimer le criminel. » Si nous pouvons nous souvenir de cette phrase, cela nous aidera beaucoup, parce que sur cette planète, dans l’humanité, il y a tellement de choses que nous n’allons pas aimer ! D’innombrables choses ! Mais rien de cela ne va nous aider – ni nous, ni la planète, ni l’humanité. Ce qu’il faut, c’est une attitude bienveillante et attentive vis-à-vis de tout et de tous, sans aucune raison, simplement parce que notre cœur en est capable. En fait, c’est la raison d’être essentielle du cœur : l’esprit sert à la pensée intuitive et à la pensée logique, et le cœur sert à aimer.

Nous ne devons jamais penser que nous pouvons nous limiter à aimer deux ou trois personnes. Par contre, si nous sommes dans cette situation – une situation familiale, par exemple – c’est un excellent terreau pour faire grandir l’amour, à condition de savoir l’utiliser dans ce sens. Cette situation nous apprend ce que signifie prendre soin des autres, s’offrir à eux en leur donnant notre temps, notre énergie et toutes nos capacités. Mais si nous nous arrêtons là, nous nous limitons à un aspect tellement infime de nos possibilités et de nos capacités que c’en est vraiment dommage. Nous avons de bien plus grandes possibilités que cela. En revanche, si nous pouvons utiliser ces sentiments comme un terrain fertile où nous apprenons ce que signifie « aimer » puis étendons cela de plus en plus, il s’agit d’une croissance spirituelle.


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