lundi 13 novembre 2017

"Les voeux de Bodhisattva" par Shamar Rinpoché

ChenrezigDe façon générale, en ce qui concerne les vœux de bodhisattva, il y a deux étapes. D'une part, il y a les vœux de bodhisattva d'intention, d'aspiration. Ensuite, il y a les vœux d'application, la mise en œuvre de l'intention. Pour prendre les vœux, il nous faut d'abord prendre les vœux de refuge, en relation avec ces vœux de bodhisattva.

Les vœux d'aspiration

La première étape, ce sont les vœux d'aspiration. C'est-à-dire que nous allons diriger notre esprit vers un but, vers un objet. Quel est-il ? Ce sont tous les êtres qui peuplent l'espace sous toute une série de formes, d'existences, de mondes et de planètes différentes. Ce qui caractérise les êtres vivants, c'est que, d'une part, ils sont dotés d'une conscience et, d'autre part, ils sont aussi marqués par la souffrance qui s'enracine dans l'ignorance fondamentale. Un esprit marqué par l'ignorance fondamentale ne peut produire que des émotions perturbatrices. A partir là, inévitablement nous allons agir et accumuler du karma. Les graines karmiques, quand elles arrivent à maturité, produisent de la: souffrance. C'est cette souffrance qu'expérimentent les êtres dans les différents types d'existences. Générée de vie en vie, elle forme un cycle*. Considérant les êtres, leurs conditions d'existence et leur souffrance, nous allons développer une authentique compassion.

Développer le souhait de libérer tous les êtres

Gardant à l'esprit la souffrance qu'expérimentent les êtres, il s'agit de développer une attitude. Cette attitude d'esprit est le souhait profond, développé de façon honnête, que tous ces êtres soient complètement libérés de la souffrance et ce, de façon permanente. On s'encourage soi-même à développer cet état d'esprit face à la souffrance des êtres. Afin d'être capable de réaliser ce souhait, c'est-à-dire de libérer les êtres de la souffrance de façon définitive, il s'agit de travailler sur soi-même et de se libérer de ses propres souffrance et confusion. Dans un deuxième temps, nous pouvons acquérir la capacité véritable de venir en aide aux autres et de les libérer. Cette capacité, c'est le plein et parfait Eveil, c'est l'état de bouddha. L'état de bouddha, c'est la capacité réelle d'accomplir le bienfait des autres de façon spontanée. Pour que cet Eveil s'établisse, il est nécessaire qu'il s'enracine dans une cause.

L'esprit d'Eveil

La cause de l'Eveil, c'est le développement de la bodhicitta, de l'esprit d'Eveil, de l'aspiration; c'est le développement de cette aspiration comme cause dans l'esprit. On le formalise par la prise des voeux de bodhisattva. Ainsi, en prenant ces voeux et en mettant en œuvre cette attitude d'esprit, nous cheminons et nous développons spirituellement. De vie en vie, nous devenons de plus en plus capable d'accomplir le bienfait des êtres. Progressivement, nous allons pouvoir réaliser le fruit ultime qui est le plein et parfait Eveil, l'état de bouddha. Cela va nous permettre d'accomplir spontanément le bienfait des êtres. Non de façon conceptuelle, mais de façon totalement spontanée et sans entrave. Exactement comme le soleil qui brille dans le ciel et qui éclaire toute chose, l'activité du Bouddha va naturellement accomplir le bienfait des autres. C'est ce qu'on appelle le fruit de l'Eveil, le plein et parfait Eveil. Ce fruit s'acquiert en développant l'esprit d'Eveil, la bodhicitta. Il y a donc ces deux points de vue, ces deux points de référence sur le chemin vers l'Eveil. D'une part, considérer le fruit, l'Eveil, c'est-à-dire la capacité réelle d'accomplir le bienfait des autres. D'autre part, considérer la cause qui va nous y amener, c'est-à-dire le développement de la bodhicitta, le développement de l'esprit de l'Eveil, qui va être formalisé par les vœux.

Quatre types d'êtres

On parle du fruit de l'Eveil et il est important de bien comprendre ce qu'est ce fruit, ce qu'est l'Eveil, ce qu'est le Bouddha et sa capacité à accomplir le bienfait des autres de façon spontanée et sans limite. Comment cela s'accomplit-il ? Le Bouddha accomplit le bienfait des autres de façon spontanée à travers quatre niveaux. Par son activité spontanée, il va permettre aux êtres qui sont complètement prisonniers du samsara et de la souffrance de se libérer. Non pas tant du samsara, mais plutôt des souffrances des mondes inférieurs. Cela peut les amener à avoir une renaissance dans laquelle ils peuvent rencontrer un bonheur relatif.
Ensuite, il y a un deuxième niveau d'activité qui s'adresse cette fois-ci à ceux qui sont sur le chemin. L'activité du Bouddha va les encourager, les soutenir pour qu'ils puissent complètement se libérer du samsara. 

On parle des pratiques des arhats ou des bouddhas pour eux-mêmes, qui cherchent leur propre libération. Quand ces êtres ont réalisé l'Eveil du petit véhicule, les bouddhas peuvent, à ce moment-là, également les aider parce qu'ils sont établis dans cette paix de l'esprit, ils y résident complètement.C'est le fruit du chemin de la libération individuelle, l'Eveil des arhats.L'activité des bouddhas va les encourager à avancer vers l'Eveil, à ne pas rester dans cette paix et très concrètement, par leur samadhi, par leur absorption méditative, les bouddhas vont les secouer de cette sérénité, de cette paix. Ils vont agir ainsi afin de les exhorter à continuer à parcourir leur chemin vers l'Eveil. 
Mais ce n'est pas tout. L'activité des bouddhas s'adresse aussi à un quatrième type d'êtres, ceux qui sont sur ce qu'on appelle les hautes terres des bodhisattvas, la huitième et la neuvième terre. L'activité des bouddhas va les exhorter à continuer encore leurs efforts, à poursuivre leur cheminement, jusqu'à ce qu'ils puissent eux-mêmes réaliser le plein Eveil.
 

Ainsi, on peut voir combien vaste est cette activité éveillée. Elle s'adresse à la fois à des êtres qui sont complètement dans le samsara, sur le chemin de la libération, et à d'autres êtres qui ont déjà un certain fruit du chemin. Elle s'adresse à tous les types d'êtres, à tous les niveaux d'êtres. Et il faut bien comprendre que ce qui permet cette activité spontanée et sans limite, c'est la cause première. Et la cause première, c'est cette promesse, cet engagement, ce serment de pratiquer pour aider, pour accomplir le bienfait des autres. C'est ce qui va nous permettre d'avoir ce fruit spontané et sans limite.

Les vœux d'esprit d'Eveil d'application

Il y a ensuite les voeux d'esprit d'Eveil d'application, l'engagement à la mise en pratique de l'aspiration à l'Eveil. Ces vœux de mise en œuvre des bodhisattvas consistent en la pratique des six paramitas, les six qualités éveillées, ou les six façons de vivre éveillées. Ce sont: la générosité, l'éthique, la patience, l'effort enthousiaste, la méditation et la sagesse discriminante. Un bouddha est quelqu'un qui a amené à sa pleine perfection et pleine
maturation ces six qualités éveillées. C'est en les pratiquant que l'on peut complètement actualiser l'Eveil. En cheminant, en pratiquant et en mettant en œuvre ces qualités, les bouddhas les ont développées jusqu'à leur pleine perfection. A travers leurs différentes existences fondées sur le souhait de véritablement aider les autres, ces qualités se sont épanouies. En prenant les vœux, nous pensons: "Tout comme les bouddhas du passé, du présent et du futur, qui se sont engagés, s'engagent et s'engageront pratiquer les six qualités éveillées, les six paramitas, je vais suivre ce chemin. "

Maintenir une discipline, ou l'éthique

Les vœux de bodhisattva peuvent se prendre dans le contexte des trois types de discipline. Ces trois types d'éthique sont, d'une part, l'engagement de réduire tout acte négatif qui induit de la souffrance et, d'autre part, l'engagement d'accumuler des actions positives, qui génèrent un bienfait pour soi et pour les autres. La troisième éthique est une conduite qui accomplit le bienfait des autres.
Afin de préserver les différents engagements concernant ces vœux, un entraînement est nécessaire. Ce que signifie préserver l'engagement de ces vœux d'aspiration et d'application est clairement développé dans le Joyau Ornement de la libération de Gampopa. Cet engagement est la base d'un développement puissant de la vertu et de ce qui est positif. C'est quelque chose qui va se développer automatiquement si l'on préserve les vœux pris. Même lorsque l'on dort, même quand l'esprit n'est pas attentif, ces bienfaits continuent à se développer. C'est la raison pour laquelle les vœux sont dits être un fondement fertile pour le développement de toute vertu.


Source : Dhagpo Kagyu Ling

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire