lundi 19 décembre 2016

L'idéal de l'éveil humain (4/4) par Urgyen Sangharakshita

D'où vient l'idéal de l'éveil ?

L'idéal vient de la vie humaine même : il vient de l'histoire humaine. Il ne pourrait venir d'ailleurs. L'idéal pour l'être humain pourrait-on dire, ne peut venir que de l'être humain lui-même. Et si nous regardons ce qui s'est passé dans l'histoire, nous pouvons voir diverses personnes qui ont bien atteint l'éveil, qui ont comblé l'écart entre le réel et l'idéal. Nous pouvons voir des gens qui ont pleinement réalisé toutes les qualités spirituelles qui ne sont qu'embryonnaires chez la plupart des hommes et des femmes. Si nous regardons l'histoire, nous pouvons voir des individus qui sont incarnations vivantes de l' idéal. En particulier, dans l'histoire de l'Orient, de l'Inde, nous voyons l'image du Bouddha. Nous voyons l'image du jeune patricien indien qui, il y a environ 2.500 ans, a atteint l'éveil, appelé bodhi dans les écritures bouddhiques, ce qui signifie « connaissance » ou « éveil ». Ce fut lui qui, après avoir atteint cet état d'éveil, initia la grande révolution spirituelle - la grande tradition spirituelle - que nous appelons à présent le bouddhisme.

Ceci m'amène à vouloir éclaircir certains malentendus qui existent en ce qui concerne le Bouddha et le bouddhisme. Au commencement de cette conférence, j'ai dit que même celui qui n'est pas bouddhiste a, au moins, vu une image ou une gravure du Bouddha, et il se peut même qu'elle lui soit assez familière. Néanmoins, bien qu'il l'ait peut-être vu souvent, il se peut qu'il n'ait pas une idée très claire de ce qu'elle représente ; il se peut qu'il ne sache pas qui, ou quoi, est le Bouddha. Il existe en fait, chez beaucoup de gens, de très sérieux malentendus à son propos. Il y a en particulier deux malentendus principaux : premièrement que le Bouddha était un homme ordinaire, et deuxièmement que le Bouddha était Dieu. Ces deux malentendus viennent du fait que, consciemment ou inconsciemment les gens pensent en termes chrétiens, ou, du moins, en termes théistes, c'est-à-dire en termes d'un Dieu personnalisé, d'un être suprême qui a créé l'univers, et qui le gouverne par sa providence.

Dans le christianisme orthodoxe, comme la plupart d'entre-nous le sait, Dieu et l'homme sont des êtres totalement différents. Dieu est « là-haut », l'homme est « ici-bas », et il y a un grand gouffre entre les deux. Dieu est le créateur. Il a donné naissance à l'homme, à partir de la poussière. L'homme est ce qui a été créé. Selon certains récits, il a été créé un peu comme un potier crée un pot. De surcroît, Dieu est pur, Dieu est saint, Dieu est sans péché ; mais l'homme est pécheur, et l'homme ne peut jamais devenir Dieu : une telle idée n'aurait aucun sens selon la tradition théiste chrétienne orthodoxe. Mais il n'y a pas que ça. A une exception près, Dieu ne peut jamais devenir homme. L'exception est bien sur Jésus-Christ qui, pour les chrétiens orthodoxes, est l'incarnation de Dieu. Nous pourrions donc dire que le chrétien a trois catégories avec lesquelles opérer : Dieu, l'homme, c'est-à-dire « l'homme en tant que pécheur », et Dieu incarné, c'est-à-dire Jésus-Christ. Où alors mettre le Bouddha ? Comment le chrétien orthodoxe applique-t-il ses catégories quand il est confronté au Bouddha ? Pour le chrétien orthodoxe, il est évident que le Bouddha n'est pas Dieu (de toutes manières il n'y a qu'un Dieu). Il est tout aussi évident qu'il n'est pas Dieu incarné puisque, selon l'enseignement chrétien orthodoxe, Dieu ne s'incarna qu'une seule fois, en Jésus-Christ. Il ne reste plus que l'homme. Lorsqu'ils sont confrontés au Bouddha, les chrétiens orthodoxes le rangent donc dans la catégorie de l'homme - un homme ordinaire, essentiellement, comme tout le monde - voire un pécheur même si un peu meilleur que la plupart des gens. Mais quelle que soit sa supériorité sur les autres hommes, il est toujours perçu comme étant infiniment inférieur à Dieu et infiniment inférieur au Christ.

Voilà pour le premier malentendu. Le second résulte du premier. Il est dit, même par certains érudits chrétiens qui travaillent dans le domaine des études bouddhiques que, bien que le Bouddha n'ait été qu'un homme ordinaire, ses disciples en firent un Dieu. On lit souvent dans des livres, même de nos jours, que, après sa mort, le Bouddha a été déifié par ses disciples. Ceci se voit, nous dit-on, dans le fait que les bouddhistes adorent le Bouddha et, bien entendu, on ne saurait adorer que Dieu. Si vous adorez quelqu'un ou quelque chose, un chrétien en déduira inévitablement que vous traitez cette chose, ou cette personne, comme Dieu.

Ces deux malentendus peuvent être clarifiés aisément. Tout ce que nous avons à faire est de nous libérer de notre conditionnement chrétien : un conditionnement qui affecte même - tout au moins inconsciemment - ceux qui ne se considèrent plus comme chrétiens. Nous devons arrêter d'essayer de penser au Bouddha dans des termes qui, en réalité, ne sont pas des termes bouddhiques. Nous devons nous rappeler que le bouddhisme est une tradition non théiste - c'est-à-dire qu'elle ne croit pas en l'existence d'un être suprême qui a créé l'univers. En fait, le bouddhisme nie clairement l'existence d'un tel être. Le Bouddha est même allé jusqu'à traiter la croyance en un Dieu personnel, en un créateur, comme un obstacle à la vie spirituelle.


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