lundi 9 mai 2016

"La Telléité" (ou Ainsité) par Maître Dogen

La sagesse de Bouddha n’est ni contemplation, ni intention, ni non-intention, ni conscience, ni inconscience. Elle n’a que faire des notions comme petit ou grand, illumination ou illusion.
Le grand maître Kokaku du Mont Ungo, trente-neuvième descendant de Shakyamuni - l’héritier légitime de Maître Tozan -, tint un jour ces propos devant l’assemblée des moines :- Si vous voulez accéder à ce qui est, il vous faudrait devenir tathata. Puisque nous sommes tous adeptes de la Voie bouddhique ; c’est ce qui est, pourquoi tergiverser ?
Les personnes, telles qu’elles peuvent être dans leur nature originelle, sont la manifestation de la Voie, voilà le sens exact de cette déclaration. Tathata est l’aspect accompli de la Voie bouddhique qui contient et transcende l’univers tout entier, elle est infinie.

Étant des constituants du tout, pourquoi serait-il si important d’accéder à ce qui est, l’expression avérée de la réalité telle qu’elle apparaît dans tout l’univers ? Elle est instable et insaisissable. Alors comment savoir qu’elle existe ? Nous le savons par ce corps et cet esprit, quoiqu’ils ne soient pas vraiment nous. Notre vie se transforme au gré du temps et des circonstances, elle n’est pas immuable. D’innombrables choses surviennent, puis disparaissent sans laisser de trace. Notre esprit aussi, subit de continuelles mutations. Certains arrivent à se demander si cela est ainsi, s’il n’y ait rien sur quoi pouvoir compter. Mais ceux qui sont résolus dans leur quête de la Voie prennent appui sur ce flux constant des circonstances et des conditions pour approfondir leur pratique. Toutefois, il nous est difficile de parvenir à cette compréhension par nos propres moyens. C’est important de ne pas l’oublier.

Originellement, nous sommes tathata. Comment pouvons-nous le savoir ? Nous savons que nous le sommes par notre désir de vouloir l’être. Nous avons toutes les dispositions pour le devenir et c’est pour cette raison qu’il n’est pas nécessaire de s’en inquiéter, bien que s’en inquiéter soit déjà un pas vers la compréhension éclairée de soi. Ne soyez pas étonnés par ces propos. C’est la seule voie qui nous y mène La Voie Bouddhique est absolue. Nul ne peut en avoir le contrôle, de même un esprit aguerri aux principes bouddhiques ne peut le concevoir totalement. Le fonctionnement de l’Esprit universel ne peut être maîtrisé entièrement. Comme vous êtes déjà thatagata s’en inquiéter est absurde. L’essence de tous les phénomènes ainsi que l’esprit, le corps et Bouddha ne sont que tathata. Lorsque nous tombons, nous ne pouvons que tomber sur terre. Elle et nous sommes inséparables, il en va de même pour ce qui est de la Voie. Ne soyez pas inquiets, il n’y a pas lieu de douter.

Un ancien adage qui nous vient à la fois de l’Inde et de la Chine dit ceci : - Si nous tombons sur le sol, nous nous relevons du sol. Autrement, il serait impossible de se relever. Lorsque vous vous serez étudié et que vous serez parvenus à la profonde compréhension éclairée de soi, vous comprendrez que ces propos illustrent le principe de la libération du corps et de l’esprit. Ainsi, s’il vous est demandé de spécifier les principes qui mènent à cette compréhension éclairée de soi, contentez-vous de dire qu’il en va comme d’un homme qui se relève après être tombé. Pour comprendre cela clairement, il faudrait que vous vous soyez détachés, instant après instant, de vos illusions passées, présentes et futures. L’éveil, c’est transcender l’éveil, c’est aller au-delà des illusions [sonder en profondeur les illusions] et parvenir à la compréhension éclairée de soi. Vous êtes cernés soit par l’éveil, soit par l’illusion. Votre condition dépend du principe : se relever demande que l’on soit préalablement tombé. Ce principe est applicable en tous lieux, à toutes choses et il est la réalité de tous les Bouddhas. Une compréhension intellectuelle ne suffit pas, il vous faut en faire l’expérience. Les paroles de Bouddha que l’on aurait entendues, ou l’enseignement des Patriarches que l’on aurait reçu importent peu. Si paroles et enseignements ont été accueillis dans le même état d’esprit qu’eux, alors nous partageons leur éveil. Alors il nous sera donné de dire des choses qui n’ont jamais été exprimées en Inde ou en Chine. Toutefois, si vous ne comprenez pas cela, quand vous tombez à terre, vous ne pourrez jamais vous relever. Quand vous tombez, il vous est possible seulement de vous relever au moyen du vide et de la terre. Il en a été ainsi pour tous les Bouddhas et les Patriarches. Si quelqu’un vous demandait quelle distance y a-t-il entre la terre et le vide, vous devriez répondre : - Bien qu’il soit impossible de se soustraire à la fois du vide et de la terre, il doit y avoir 108.000 ri. Si vous ne répondez pas ainsi, cela voudrait dire que vous n’avez rien compris à la Voie et que vous ne connaissez pas l’éveil.
Le dix-septième Patriarche, vénérable Sogyanandai, entendit la cloche à vent du hall principal du temple tinter et demanda à son disciple Kasayata :

"Est-ce le son de la cloche ou celui du vent ? "
"Ce n’est ni celui du vent, ni celui de la cloche, ce n’est que le son de mon esprit, répondit Kasayata."

"Que veux-tu dire par c’est mon esprit ? "
"Tout n’est que pure tranquillité, répondit Kasayata. "

" Excellent ! Je ne vois que toi, Kasayata pour transmettre mon enseignement. C’est ainsi que la transmission authentique du Dharma fut remise à Kasayata."


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