lundi 7 décembre 2015

"La méditation bouddhique, une voie vers la libération de l’esprit" par Dr Trinh Dinh Hy

LE BESOIN DE SPIRITUALITÉ EN NOTRE FIN DE SIÈCLE

Lorsque l’on essaie de dresser le bilan du XXè siècle qui est en train de se terminer, on se trouve devant un tableau fort contrasté, avec deux grands faits marquants. D’un côté, l’épanouissement de l’intelligence, avec d’extraordinaires découvertes scientifiques et avancées techniques qui ont permis à l’ homme de devenir dans bien de domaines "maître et possesseur de la nature", et de l’autre, l’explosion de la barbarie, avec deux guerres mondiales et innombrables guerres régionales, civiles, des génocides, massacres, tortures, violences, oppressions de toute sorte qui se perpétuent, infligés par les hommes eux-mêmes les uns aux autres. L’homme n’a jamais été aussi fort matériellement et faible spirituellement, aussi "fort de tête et faible de coeur", pourrait-on dire.

C’est aussi un constat angoissant, car l’on peut se demander dans quelle direction se dirige l’humanité, que nous réserve le XXIè siècle, et quel serait l’avenir de nos enfants, de nos petits-enfants ? Avec le déclin progressif des religions traditionnelles, la chute de l’idéologie marxiste-léniniste, le règne sans partage de la société de consommation, chacun de nous éprouve confusément un sentiment de vide spirituel, de manque de valeurs morales, pourtant nécessaires à notre équilibre mental. Car il s’agit bien du spirituel, du moral, dont le monde a besoin aujourd’hui. Il n’est pas possible de régler autrement les multiples problèmes de société : violence urbaine, drogue, délinquance, maltraitance, conflits sociaux et familiaux, stress, dépression, suicides, etc. Ni la répression par les lois, la police, ni les béquilles comme les subventions et les médicaments ne permettront de régler ces problèmes, dont les solutions ne peuvent venir que de l’intérieur des acteurs de ces drames.

Karl Marx disait : "Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer". Mais il faudrait, je crois, ajouter ceci : "Ce qui importe, ce n’est pas de transformer le monde, c’est de transformer notre façon de voir le monde". En effet, transformer le monde n’est qu’une douce utopie (ou plutôt une utopie meurtrière, comme on l’a vu). Le monde change, sous l’effet de multiples facteurs sociaux complexes, et l’on n’y peut rien. Mais par contre, ce que l’on peut faire, c’est changer notre façon de voir les choses, à l’intérieur de chacun de nous, par une transformation spirituelle complète. Comment ? En prenant le chemin du perfectionnement intérieur, de la méditation. Il s’agit, comme le dit le  Lankavatara Sutra (un sutra du bouddhisme Mahayana), de "faire demi-tour dans le siège le plus profond de notre conscience"(1).

Et si l’on arrive à communiquer cette aspiration à la transformation spirituelle à d’autres personnes, à réveiller la Bodhicitta (aspiration à l’éveil) qui sommeille dans chacun de nous, alors, petit à petit, en boule de neige, pourquoi le monde entier ne pourrait-il pas se transformer ?

Le monde d’aujourd’hui a besoin de spiritualité, cela est clair. Mais spiritualité n’est pas synonyme de religion, c’est ce que reconnut le Dalaï-Lama lorsqu’il déclara :"Je crois profondément que nous devons trouver, tous ensemble, une spiritualité nouvelle, une spiritualité laïque. Ce nouveau concept devrait s’élaborer à côté des religions, de telle sorte que toutes les bonnes volontés puissent y adhérer. Il pourrait nous conduire à établir ce que nous cherchons tous, une morale séculière. Et cela pour un meilleur futur du monde"(7).

QU’EST-CE QUE LA MÉDITATION ?

Méditation n’a pas le même sens en Orient et en Occident
Tout d’abord, je crois qu’il faut souligner que "méditation" n’a pas la même signification dans le sens oriental et dans le sens occidental du terme. Dans le Robert et le Larousse, la méditation est définie comme "une réflexion profonde sur un sujet". Il s’agit donc d’une activité intellectuelle, s’appuyant sur la pensée rationnelle, discursive, utilisant le langage, des concepts. Telle est par exemple la signification de l’oeuvre de Descartes "Méditations métaphysiques", ou encore de l’expression "plongé dans ses méditations"...


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