lundi 12 octobre 2015

L’esprit d’éveil et la vacuité par Yongey Mingyour Rinpoché

Hier, Je vous ai parlé de la pratique de chiné en détails.
Rappel de Chiné, la pacification de l’esprit
Le point crucial de chiné c’est la non-distraction : si l’esprit n’est pas distrait, la pratique de chiné est présente

Pourquoi est-ce qu’il faut arriver à cette absence de distraction ? C’est parce que lorsqu’on pratique le Dharma, lorsqu’on pratique la méditation, que ce soit la bodhicitta ou lorsque l’on observe l’essence de son esprit ou qu’on médite sur la vacuité, on n’a pas le contrôle de notre propre esprit et cet esprit est sans cesse sous le pouvoir des émotions négatives.

Il y a des gens qui s’en rendent compte et qui disent que par exemple la colère n’est pas une bonne chose en soi mais ils ne peuvent pas s’empêcher de tomber sous le coup de cette colère ; ils essaient de la bloquer, de l’arrêter, mais ils n’y arrivent pas.

A cause de cela, nous sommes incapables de maîtriser notre esprit, d’avoir une indépendance de notre esprit ; à cause de cela nous tombons dans le piège de l’extrême de l’espoir et du doute, nous créons toutes sortes de souffrances à la fois pour nous-mêmes et pour les autres, et cette souffrance s’étend à tout l’univers.
Donc, ce à quoi nous voulons arriver, c’est à maîtriser notre esprit et le meilleur moyen de maîtriser notre esprit, c’est d’être sans distraction. Si l’on arrive à rester sans la moindre distraction, alors on a maîtrisé son esprit.

Si l’on arrive grâce à l’absence de distraction à maîtriser son esprit, alors quelle que soit la pratique que l’on fasse, ou même que ce soit la pratique de la bodhicitta ou de la vacuité etc … toutes les pratiques qu’on pourra faire, et même quelle que soit l’activité, même mondaine, qu’on effectuera, on aura la maîtrise de notre esprit et on n’aura pas de difficultés pour accomplir ces activités ou ces pratiques.

Le meilleur moyen d’atteindre à cet état de non-distraction, comme je l’ai expliqué hier, c’est de rester l’esprit totalement détendu sans avoir quelque chose de précis à méditer, simplement l’esprit totalement détendu et présent. Et si l’on n’arrive pas à cet état-là du premier coup, on peut utiliser les méthodes que je vous ai donné nous a données hier, en dirigeant son esprit sur une forme, un son etc…ou alors une image du Bouddha.
Donc cette pratique, cette absence de distraction est extrêmement utile.
Par exemple, si on visualise une déité, qu’on visualise la déité, on visualise la syllabe-germe, cela devient un support pour notre esprit.

On peut aussi diriger son esprit vers les pensées, quelles soient bonnes ou mauvaises, les pensées bonnes, par exemple si on est content, les pensées mauvaises, si on est mécontent ; quelles que soient les pensées vertueuses ou non vertueuses qui passent dans notre esprit, si on dirige notre esprit et si on s’en sert de supports, on obtient le même résultat. Cela peut être une fleur aussi.

Si on est obsédé par une pensée particulière, par exemple on veut absolument avoir une maison, ou bien alors on veut avoir de l’argent, ou bien on veut trouver de l’or, à ce moment-là, si on est obsédé et qu’on n’arrive pas à arrêter ces pensées, simplement au lieu de vouloir éviter ces pensées, au contraire on dirige son esprit vers cet objet, vers la maison, ou vers l’argent ou vers l’or, on laisse cet esprit qui se projette sur cet objet sans distraction. Si vous êtes fermier et que vous êtes obsédé par les vaches, vous pouvez faire la même chose avec les vaches.

Il y avait en Inde un homme qui habitait dans une ville et qui était vraiment complètement passionné par la vina, un instrument de musique, et qui passait tout son temps à jouer. Et il allait dans d’autres régions pour jouer aussi. On l’invitait. A force de partir comme cela, sa femme l’a remplacé et quand il est revenu à la maison, il était vraiment triste.
Peu de temps après, il a rencontré un Maître.

Il a rencontré ce Maître qui habitait dans un cimetière, ou un charnier ; il habitait dans une espèce de hutte en herbe ou en paille et il était en train de méditer ; il lui a demandé de lui enseigner le Dharma et il lui a enseigné la méditation ou plutôt, il lui a enseigné comment rester l’esprit totalement détendu. Cet homme a donc construit une cabane d’herbe, lui aussi, à côté de celle du Maître ; il a fait cette pratique et il était très content.

Le problème, c’est qu’il pensait encore à sa vina et il était sans arrêt distrait de sa méditation.
Chaque fois qu’il essayait, il pouvait passer cinq minutes à méditer et puis repenser à sa vina et il n’arrivait pas à continuer.
Et donc il est allé voir le maître et il lui a dit : " Je n’arrive pas à méditer parce que je suis sans arrêt distrait par les pensées de ma vina. " .
Et sa méditation est devenue fructueuse.
Il commençait sa pratique de la méditation en jouant de la vina. Ensuite peu à peu, il a maîtrisé son esprit et il n’a plus eu besoin du son de sa vina. Donc le plus important, c’est de garder l’esprit complètement détendu et si on n’y arrive pas, on peut diriger son esprit vers un objet.

Au départ il faut toujours commencer cette séance de pratique par la pensée de l’esprit d’Eveil, la pensée que je ne vais pas faire cela uniquement pour moi-même, mais pour amener tous les êtres à l’Eveil total des Bouddhas, et ensuite on prie son Maître sous la forme de Bouddha Shakyamuni ou de la déité qu’on a prise, quelle qu’elle soit, au dessus de sa tête par exemple, et ensuite on considère qu’il se dissout en soi et que l’on devient inséparable de ce Maître.

Ensuite il est très important aussi après la pratique de dédier le mérite ainsi acquis au bien de tous les êtres.
Voilà c’était pour la pratique de chiné ou la pacification de l’esprit ou le calme mental, quel que soit le nom qu’on lui donne.
Maintenant j’aimerais parler de la compassion, de l’esprit d’Eveil et puis de la vacuité.

Compassion, esprit d’Eveil et vacuité

Les trois causes principales qui nous mènent à l’Eveil sont :
la compassion
la compréhension, la réalisation de la non-dualité ou de la vacuité
l’esprit d’Eveil

La première chose à faire, c’est de prendre refuge : c’est la base ; on prend refuge et ensuite on passe à ces trois pratiques, dans l’ordre, l’une après l’autre.
Il y a plusieurs traditions. Selon certaines traditions, on commence par la vacuité ; ensuite on passe à la compassion. Parfois on commence par la compassion, ensuite on étudie la vacuité. L’esprit d’Eveil vient toujours à la fin.
Aujourd’hui nous allons suivre l’ordre suivant : je vais d’abord parler de la vacuité et ensuite sur la base de la vacuité, je parlerai de la compassion et ensuite de l’esprit d’Eveil.
LA VACUITÉ

Pour comprendre la vacuité il faut d’abord comprendre l’impermanence.
Il y a deux sortes d’impermanence : l’impermanence qu’on peut appeler grossière et l’impermanence subtile qui est d’instant en instant.

Il y a deux manières d’aborder la vacuité : il y a celle qui est fondée sur les particules, sur les composants ultimes de la matière en quelque sorte, puis celle qui est fondée sur la compréhension du temps.
Celle qui est fondée sur la compréhension du temps, c’est celle qui est liée à l’impermanence.
Aujourd’hui nous parlerons de la seconde approche, c’est-à-dire en envisageant le temps et l’impermanence. On peut réaliser la vacuité en comprenant cette impermanence ou ce temps.

Rinpoché : est-ce que vous comprenez ce qu’est le temps ? Dites tout ce qui vous passe par la tête, n’ayez pas peur.

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