lundi 12 janvier 2015

"Le Mahamoudra qui dissipe les ténèbres de l'ignorance" par Ouang Tchoug Dordjé IXe Karmapa

LE MAHAMOUDRA qui dissipe les ténèbres de l’ignorance - Editions Yiga Tcheu Dzinn

Extrait de la 3ème partie sur la vision pénétrante.


L’observation de l’esprit mobile ou pensant


Pour couper à la racine les fondements (de l’ignorance), vous devez ensuite examiner parfaitement l’esprit mobile ou le cours des pensées, et être conduit à le reconnaître pour ce qu’il est. Adoptez la posture corporelle, la façon de regarder et d’agir comme précédemment. Placez-vous dans un état où vous avez la béatitude, la clarté et la non conceptualité pure : détendez-vous dans cette pureté primordiale et laissez une pensée fugitive s’élever subitement de cet (état), ou bien créez délibérément une pensée sur tout sujet qui vous semble convenir.

Observez la nature de la cognition qui s’est manifestée. Observez-la au moment où elle se manifeste. Ayant observé la persistance de ce qui s’est manifesté, observez si ceci est doué d’une couleur ou d’une forme. Y a-t-il un endroit où cela persiste, un endroit où cela cesse. ? Qu’en est-il ? (Cette pensée) est-elle située à l’extérieur ou à l’intérieur du corps ? Si c’est à l’intérieur, est-ce au centre, par exemple, (dans le cerveau) et ainsi de suite ? A l’intérieur, à l’extérieur, où qu’elle soit comment dure-t-elle et comment s’est-elle manifestée. Enquêtez ainsi.

La nature de cet esprit (provient-elle de causes), ou bien est-elle non-conditionnée ? A-t-elle un début, une fin, une couleur ou une forme ? Si elle en a une, de quelle sorte ? Ou bien pensez-vous qu’elle (n’a aucun début, etc.) Si vous estimez qu’elle ne peut être conçue ainsi, y-a-t-il alors encore en elle un quelconque aspect conscient qui n’ait cependant ni commencement ni cessation, etc… Quand vous observez une pensée, est-ce qu’elle disparaît complètement, sans laisser de trace ? Toutes les pensées qui s’élèvent, surgissent-elles sans pouvoir être identifiées (comme étant de telle ou telle manière) au moment précis où une surgit, y-a-t-il alors ou non une (autre) pensée en ce sens qu’il ne se trouve pas ici de composant identifiable.

Il n’est pas de fin à la somme de questions que vous pouvez vous poser sur une pensée telle que : « J’ai vu mon ami hier. ». Où est cette pensée ? D’où vient-elle ? De quoi est-elle faite ? Cette pensée a-t-elle la même forme que votre ami, et l’image de votre ami est-elle identique à votre ami lui-même ? Quand cette pensée passe, ne laisse-t-elle empreinte comme un enfant marchant sur la plage ? Si vous dites que cette pensée n’a pas de qualités et ne peut être trouvée, qu’en est-il alors de la pensée qui pense cela ? Si une personne muette ne peut mettre en mots ses pensées, cela signifie-t-il qu’elle n’a pas de pensées ?

En interrogeant la pensée comme ceci, vous pouvez « la questionner jusqu’à la mort ». Si vous êtes harcelé par des voleurs, que vous en attrapiez un et le fustigez publiquement, que vous faisiez de même plusieurs fois de suite, les voleurs n’auront plus l’idée de venir et vous en serez débarrassé. La même chose se produira avec vos pensées. Des questions persistantes leur retireront leur vitalité, et elles ne se soucieront plus de venir si souvent. Quand elles reviendront, elles seront plus faible en intensité et moins audacieuses. De cette façon vous en viendrez à voir la nature de votre esprit et de vos pensées.


Quand une pensée s’est élevée ou quand vous en avez fait venir une, observez-la sans l’arrêtez ni vous attacher. Qu’il y ait une (sensation) heureuse ou malheureuse la concernant, observez la nature individuelle de ces sensations heureuses ou malheureuse. Peu importe combien de pensées vous avez, observez-les. Quand une illusion s’est élevée fortement, comme l’un des cinq poisons (le désir, la colère, l’étroitesse d’esprit, l’orgueil ou la jalousie) ou, si vous en faites s’élever une, observez-la pareillement. Vous assurant de supprimer toute idée exagérée que vous pourriez superposer, observez la pensée illusoire elle-même (telle qu’une colère), l’objet de cette pensée (l’image d’un ennemi) et la pensée immédiatement précédente.

Examinez si par exemple il existe une différence dans la mesure où l’esprit (ou son aspect conscient) est concerné.

Quand vous verrez que la nature de la pensée est une conscience claire et brillante, cherchez alors à voir s’il existe une différence entre la conscience claire et brillante que vous avez vue précédemment en l’esprit pacifié et celle que vous voyez maintenant en une pensée. Si vous ne pouvez trancher, retirez alors la pensée et parlez votre esprit dans un état de claire conscience.

C’est une façon de parler. Les pensées ne sont pas comme un diablotin que vous pourriez ranger dans la boîte de votre esprit. Cela signifie qu’il faut cesser d’interroger la pensée et la laisser se dissoudre.

Quand une autre pensée s’élève soudainement et que vous n’êtes pas en train de l’observer, regardez alors sa véritable nature afin de voir qu’elle n’altère en aucune façon celle de votre conscience normale originelle.

Quand une vague gonfle et se résorbe, l’océan est-il soudainement changé ? Un nuage affecte-t-il le ciel ?


Etant donné que c’est cela qu’il faut voir, observez très attentivement.

En bref, quand le Lama et le disciple travaillant ensemble ont atteint cette conclusion fondée sur la façon dont s’élèvent les pensées (chez le disciple) et la façon dont il les comprend, la racine (de son ignorance) a alors été coupée et le sens véritable à été atteint. Tel est le second point (pour les méthodes de vision pénétrante) : s’exercer dans les méthodes d’observation de la nature de l’esprit mobile de façon à la voir et à être certain de la reconnaître pour ce qu’elle est.

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