lundi 16 juin 2014

La bataille intérieure par Upasika Kee Nanayon

Quand nous développons l’attention en tant qu’outil fondamental pour permettre d’explorer la vérité qui est en nous, il faut appliquer un niveau d’effort et de persévérance proportionnel à la tâche. En effet, comme nous le savons tous, l’esprit est obscurci par d’épaisses couches de pollutions et de poisons mentaux. Si nous ne l’entraînons pas, si nous ne l’encourageons pas régulièrement, il s’affaiblira et se relâchera. Il n’aura pas la force nécessaire. La persévérance doit donc être toujours plus soutenue pour que l’investigation profonde puisse traverser les obstacles jusqu’à obtenir une claire vision pénétrante de toute chose.

La claire vision pénétrante n’est pas le fruit de la pensée spéculative mais d’un examen profond du fonctionnement de l’esprit quand celui-ci est parvenu à se centrer à un niveau adéquat de calme et de stabilité. Il est possible d’observer en profondeur chaque aspect de l’esprit quand il est neutre et calme, libre de toute pensée ou de l’attirance et de l’aversion que provoquent les pensées. Il est important de maintenir cet état d’esprit et, en même temps, de fouiller profondément en lui car une connaissance superficielle n’est pas une véritable connaissance. Tant que vous n’aurez pas examiné l’esprit en profondeur, vous ne saurez rien. L’esprit peut paraître calme extérieurement, mais, à ce niveau-là, vous ne pourrez pas avoir une claire vision de la façon dont l’esprit vagabonde sous l’influence des pollutions mentales, du désir et de l’attachement.

Vous devez donc essayer d’examiner votre esprit jusqu’à atteindre un niveau de conscience qui se maintienne en équilibre et vous permette de continuer à contempler les choses jusqu’à en obtenir une compréhension parfaitement nette. Si vous ne contemplez pas jusqu’à ce qu’une véritable connaissance apparaisse, votre attention restera à la surface des choses.


Il en va de même pour la contemplation du corps. Il faut examiner en profondeur les éléments physiques qui le composent et voir en quoi il est répugnant. Voilà ce que signifie « déchiffrer » le corps, le comprendre. En vous observant de près dans toutes vos activités, vous empêchez l’esprit de s’éloigner de la voie. Restez concentré sur la façon dont l’attention pulvérise les pollutions mentales au fur et à mesure qu’elles apparaissent. C’est un travail très délicat.

En étant vigilant, en ne vous laissant pas distraire par les objets extérieurs, vous faciliterez votre pratique. Cela vous permettra d’examiner correctement les parasites de l’esprit, de façon à pouvoir en éliminer les plus subtils : l’ignorance de ce qui est, la compréhension erronée des choses. En temps normal, nous ne sommes pas pleinement conscients des parasites les plus évidents mais, maintenant que ceux-là sont désactivés grâce à la solide concentration de l’esprit, nous pouvons fouiller plus profondément pour avoir un aperçu de la façon dont le désir et les pollutions mentales nous trompent à chaque fois qu’ils entrent en action. Si nous les observons et apprenons à les reconnaître, nous serons en mesure de les lâcher dès qu’ils seront en quête d’objets agréables à voir, de sons plaisants, d’odeurs ou de saveurs alléchantes. Qu’ils soient en quête de plaisirs physiques ou mentaux, nous devons les connaître sous toutes leurs formes, même si ce n’est pas facile du fait de notre perpétuelle recherche de gratification sensorielle. Nos désirs de bonheur – de même que toutes nos perceptions, nos pensées et nos états de conscience imprégnés de sensations agréables – ne sont rien d’autre que des désirs pour des illusions, pour des choses qui nous captivent et nous distraient. Le résultat en est qu’il ne nous est guère facile d’y comprendre quelque chose.

Ce sont des questions subtiles et elles relèvent toutes de l’avidité des sens. Le désir, la sensualité et l’amour poussent l’esprit à s’évader dans le souvenir de choses agréables vues, entendues, senties, goûtées ou touchées. Même si ces souvenirs remontent à loin dans le temps, nos perceptions les ramènent en prétendant qu’ils étaient agréables ou déplaisants. Une fois que nous nous emparons de ces idées, elles perturbent l’esprit et le brouillent.

Il n’est donc pas facile d’examiner et de comprendre tous les parasites de l’esprit. Les éléments externes que nous pouvons reconnaître et lâcher sont mineurs. Les plus importants se sont regroupés pour prendre le contrôle de l’esprit et ne bougeront pas quoi que vous fassiez pour les en chasser. Ils sont obstinés et déterminés à garder le contrôle. Si vous vous y attaquez alors que votre attention et votre sagesse ne sont pas prêts à la bataille, vous finirez par perdre votre calme intérieur.

Par conséquent, vous devez veiller à ne pas trop forcer la pratique, sans pour autant la relâcher trop non plus. Trouvez la Voie du Milieu qui est parfaitement juste. Tandis que vous pratiquez ainsi, vous pourrez voir à quoi ressemble l’esprit quand il est guidé par l’attention et la sagesse et, à ce moment-là, vous ferez l’effort de le maintenir dans cet état en continu. C’est alors que l’esprit aura l’occasion de s’arrêter et d’être immobile, stable et centré, pendant de longues périodes jusqu’à ce que cet état lui soit devenu habituel.

Il y a cependant certains domaines où nous devons forcer l’esprit et être fermes avec lui. Si nous sommes faibles et indolents, que nous cédons généralement à tous nos désirs, nous n’aurons aucune chance de succès ; continuer à leur céder ne fera que renforcer cette habitude. Il faut donc utiliser la force ; la force de la volonté ainsi que la force de l’attention et de la sagesse. Même si vous en arrivez à devoir mettre votre vie en jeu, vous devez être disposé à le faire. Quand le moment arrive pour vous d’être vraiment sérieux, vous devez tenir bon jusqu’à la victoire. Si vous ne gagnez pas, n’abandonnez pas. Persévérez ! Faites une promesse, prenez un engagement pour vous forcer à dépasser vos désirs obstinés de gratification sensorielle qui vous tentent et vous éloignent de la voie.

Si vous êtes faible et que vous cédez au premier plaisir qui se présente, quand le désir se présentera, vous tomberez dans son piège. Si vous vous laissez souvent tenter par vos envies, cela deviendra habituel car les pollutions mentales sont toujours à l’affut d’une occasion de vous tenter, de vous stimuler. Quand on essaie de se libérer d’une accoutumance – au café, à la cigarette ou à la viande – c’est difficile parce que l’envie revient toujours nous tenter : « Prends-en juste un peu. Juste pour goûter. Ce n’est pas bien grave. » Le désir sait comment nous leurrer, exactement comme le poisson se fait prendre par un leurre qui dissimule l’hameçon : au début, il n’en mange qu’un petit peu puis encore un petit peu et encore jusqu’à, inévitablement, se faire prendre. Les démons des pollutions mentales nous cernent de tous côtés. Une fois que nous cédons à leurs délicieuses saveurs, nous sommes certains de nous faire prendre à l’hameçon. Nous avons beau nous démener et nous débattre, nous ne pouvons pas nous libérer.

Vous devez réaliser que vaincre vos ennemis – les désirs et les pollutions qui obstruent le cœur et l’esprit – n’est pas une mince affaire. Cette bataille n’a rien d’ordinaire. Vous ne pouvez pas vous permettre d’être faible ou indolent mais vous devez aussi savoir évaluer votre force. Les pollutions mentales et les désirs ont la puissance de démons ; vous devez donc apprendre à exercer vos efforts au mieux pour les vaincre et les détruire.


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