lundi 10 février 2014

Comprendre les Khandha pour mieux vivre au quotidien par Vénérable Ajahn Tiradhammo

Le thème de notre entretien, ce soir, est : « Comprendre les khandha (ou skandha en sanskrit) pour mieux vivre au quotidien ». Il me semble utile de commencer par donner une définition du mot khandha. Il s’agit d’un aspect un peu technique des enseignements bouddhistes. Très simplement, on pourrait dire que les khandha sont des agrégats ou des composants qui constituent l’être humain. C’est l’une des méthodes employées par le Bouddha pour nous aider à voir plus clairement la vérité de l’impersonnalité (anattā). C’est un peu comme avec une machine : si on regarde bien les différents éléments dont elle se compose, on ne voit pas vraiment une entité unifiée ; il s’agit d’un composé, de pièces assemblées, de quelque chose de conditionné.

On peut dire que cette constatation est sous-jacente à la pratique de la méditation parce que la plupart des gens n’ont pas l’objectivité voulue pour vraiment voir au travers de l’illusion de l’entité permanente qu’ils appellent « moi ». Cette clarté d’esprit vient spécifiquement de la pratique de la concentration et de la vision pénétrante.

Si on demandait à une personne qui n’a pas développé la vision claire des choses ce qu’est cet objet (il montre un petit réveil), elle répondra simplement : « C’est un réveil ». Mais si on porte un autre regard sur l’objet, on voit que l’on peut retirer le boîtier, la pile, les vis, etc. et on découvre ainsi que cet objet est en réalité un composé de nombreux éléments distincts, qu’il n’y a pas de « réveil » en soi. Mais, à moins d’être intéressé par la contemplation, l’investigation, l’approfondissement, on ne va pas se donner la peine de voir les choses autrement que telles qu’elles apparaissent à première vue, on préfèrera se fier à leur apparence.

Le Bouddha, quant à lui, a consacré toute sa vie à la recherche de la vérité ultime des choses. Il écoutait les enseignements qui étaient dispensés à son époque, les étudiait et les mettait à l’épreuve. L’un des enseignements les plus vivaces, à ce moment-là, concernait l’atman ou attā en pāli : il existerait une sorte d’entité primordiale, une « âme », pourrait-on dire, à l’origine de toutes les formes d’existence. Beaucoup de chercheurs spirituels étaient arrivés à cette conclusion. Dans les Upanishads [textes hindous précédant le bouddhisme], on trouvait toutes sortes de théories à ce propos. On disait, par exemple, que l’atman était une petite graine derrière le cœur, ou encore une petite pierre précieuse au milieu de la tête – je suppose que c’était en méditation que les sages avaient vu cela – et on concluait : « Voilà l’atman, la véritable entité, l’essence de l’être. »

Le Bouddha a donc hérité de cette philosophie mais il a voulu la vérifier par lui-même et son expérience a été différente. Il a regardé, observé, approfondi et analysé mais il n’a pas trouvé d’atman. En revanche, il a découvert que notre corps et notre esprit contiennent toutes sortes de processus à l’œuvre, et comme ces processus sont parfaitement assemblés et harmonisés, leur apparence nous trompent. C’est parce que nous ne regardons pas à travers et au-delà de ces processus qu’ils semblent constituer une entité solide et unique, une entité permanente vivant en nous. La pratique de méditation du Bouddha – vipassanā, la vision pénétrante – lui a permis de voir au travers de l’illusion des apparences. Au-delà des apparences, il n’a vu que des phénomènes vides qui se succédaient. Ainsi, selon sa vision des choses, il n’existe pas d’atman. C’est pour cela qu’il a formulé le principe d’anattā, mot pāli qui signifie « impersonnalité » ou « trans-personnalité » dans la mesure où l’on pourrait dire qu’il s’agit de processus qui « traversent » les personnes.


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